Près de 95 000 véhicules, des moteurs trafiqués et la justice en embuscade : Dieselgate n’a pas fini de secouer l’industrie automobile allemande. Tandis que la plupart des projecteurs ont longtemps illuminé le logo Volkswagen, c’est aujourd’hui Opel qui se retrouve au cœur de la tempête. La police allemande a mené des perquisitions simultanées dans les locaux d’Opel à Rüsselsheim et à Kaiserslautern, sur instruction du parquet de Francfort. L’accusation n’a rien d’anodin : la marque aurait équipé ses voitures de logiciels permettant de fausser les résultats des tests antipollution, selon la plainte déposée par la KBA, l’autorité fédérale du secteur. Pour l’instant, aucun dirigeant n’est spécifiquement visé, mais le spectre de la fraude plane sur l’ensemble du constructeur.
Face à la tourmente, Opel joue la carte de la transparence et martèle que ses modèles sont conformes aux réglementations actuelles. Dans un communiqué transmis à l’AFP, la marque, désormais dans le giron du groupe PSA, affirme collaborer sans réserve avec les enquêteurs : « Nous rejetons l’accusation d’utilisation de logiciels non conformes ». Mais l’ombre du Dieselgate s’est épaissie depuis l’été, propulsant Opel au premier plan d’un scandale qui refuse de s’éteindre.
La pression ne faiblit pas du côté des autorités. Le ministère allemand des Transports a ouvert une procédure officielle visant trois modèles Euro 6, les Cascada, Insignia et Zafira, après avoir découvert des dispositifs électroniques jugés « inacceptables » par la KBA. Selon le ministère, le rappel de près de 100 000 voitures n’est plus qu’une question de temps. Or, d’après Berlin, Opel aurait ralenti la procédure, une accusation que la marque réfute catégoriquement, annonçant qu’elle contestera toute injonction devant la justice. Sur les 31 200 véhicules initialement concernés en Allemagne, 22 000 ont déjà reçu une mise à jour logicielle, ne laissant plus que 9 200 modèles dans la balance, une goutte d’huile dans un moteur qui cale.
Ces nouveaux rebondissements ne sont qu’un épisode de plus dans la saga Dieselgate, qui a éclaté en septembre 2015 avec la révélation des pratiques de Volkswagen. À l’époque, l’agence américaine EPA avait mis au jour l’utilisation à grande échelle de logiciels truqueurs sur 11 millions de véhicules du groupe, masquant des émissions parfois quarante fois supérieures aux limites légales. Depuis, la justice a multiplié les investigations, non seulement chez Volkswagen, Audi et Porsche, mais aussi chez Daimler et l’équipementier Bosch. Plusieurs dirigeants, dont l’ex-patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, ont vu la justice se pencher sur leur cas pour fraude et manipulation des marchés. Plus marquant encore : en juin, les tribunaux allemands ont ordonné l’incarcération du patron d’Audi, une première à ce niveau, tandis que Volkswagen a écarté toutes les fonctions de Rupert Stadler en octobre.
Jusqu’à récemment, Opel semblait échapper à la vague judiciaire. En 2015 déjà, la KBA avait pointé du doigt quatre logiciels suspects, exigeant des correctifs, mais l’affaire avait été classée deux ans plus tard, faute d’éléments suffisants. L’enquête actuelle, selon l’agence DPA, vise cette fois d’autres modèles et d’autres faits, relançant l’incertitude autour de la marque. Pendant ce temps, en France, PSA, la maison-mère d’Opel, Renault et Fiat Chrysler restent eux aussi sous surveillance dans divers volets du Dieselgate.
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