Faut-il craindre une baisse du nombre d’habitants Marseille dans les prochaines années ?

Marseille compte 886 040 habitants selon le recensement Insee réalisé en 2022. La ville a retrouvé son niveau de population de la fin des années 1960, après avoir perdu plus de 100 000 habitants entre 1975 et 1999. Faut-il craindre un nouveau retournement, ou la dynamique actuelle du nombre d’habitants à Marseille résiste-t-elle aux signaux démographiques nationaux ?

Solde naturel positif à Marseille : un moteur qui tourne encore, mais jusqu’à quand

On entend souvent parler de la baisse de la natalité en France. À Marseille, la situation reste différente de la tendance nationale. En 2024, la ville enregistre 11 271 naissances domiciliées pour 7 498 décès. Le solde naturel est donc nettement positif, autour de +0,5 % par an sur la période 2017-2023.

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C’est ce solde naturel qui porte la totalité de la croissance démographique marseillaise. La progression globale du nombre d’habitants atteint 0,4 % par an sur cette même période. Le calcul est simple : sans les naissances, Marseille perdrait déjà des habitants.

Le solde apparent des entrées-sorties (les gens qui arrivent moins ceux qui partent) est déjà légèrement négatif, estimé à -0,1 % par an. On parle d’une ville qui ne gagne plus de population grâce aux nouveaux arrivants, mais uniquement grâce à sa natalité. Si la fécondité continue de baisser comme au niveau national, ce moteur pourrait faiblir dans les prochaines années.

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Couple de Marseillais sur leur balcon contemplant le quartier, symbole des inquiétudes liées à la baisse de population

Attractivité résidentielle de Marseille : un signal faible à surveiller

Les chiffres de l’Institut Montaigne sont nets. La part des nouveaux arrivants dans la population totale de Marseille n’est que de 2,9 % en 2022, contre une moyenne de 7,2 % pour les douze plus grandes villes de France. Ce ratio était encore de 3,4 % en 2016.

Marseille affiche la plus faible attractivité résidentielle parmi les grandes métropoles françaises. On pourrait s’attendre à ce qu’une ville de cette taille, avec un littoral méditerranéen et un bassin d’emploi conséquent, attire davantage. Les retours varient sur ce point : certains quartiers se transforment et attirent de nouveaux profils, tandis que d’autres continuent de perdre des ménages.

Plusieurs facteurs freinent les installations :

  • Un taux de pauvreté de 26 % en 2021, nettement supérieur à la moyenne des grandes villes françaises (21,6 %), qui pèse sur l’image de certains secteurs
  • Une médiane du niveau de vie à 20 600 euros, inférieure de plus de 2 000 euros à la moyenne des douze plus grandes communes
  • Un nombre d’emplois pour 1 000 habitants de 417,6, contre 612,4 en moyenne dans les grandes villes, ce qui limite l’attractivité pour les actifs en mobilité professionnelle

Ces données ne décrivent pas une ville en déclin, mais une ville dont la capacité à attirer de nouveaux résidents stagne. La croissance repose sur ceux qui y sont déjà, pas sur ceux qui arrivent.

Projections démographiques Marseille 2050 : vers le million d’habitants ?

Les projections de l’Insee orientent Marseille vers le million d’habitants à l’horizon 2050. Après avoir touché un creux sous la barre des 800 000 en 1999 (798 430 habitants), la remontée a été régulière. De 0,3 % par an entre 2012 et 2017, la croissance est passée à 0,44 % par an sur la période 2017-2023.

Sur le papier, le scénario est favorable. La cité phocéenne fait partie des dix grandes villes françaises qui enregistrent une croissance démographique. La région Sud dans son ensemble gagne aussi des habitants, portée davantage par les migrations que par le solde naturel, à l’inverse de Marseille.

Mais ces projections reposent sur des hypothèses qui peuvent bouger :

  • Le maintien d’un solde naturel positif, alors que la natalité baisse partout en France
  • La stabilité du solde migratoire, déjà légèrement négatif et en recul depuis 2016
  • L’absence de choc économique ou immobilier majeur qui accélérerait les départs vers les communes périphériques, un phénomène déjà observé dans les années 1975-1999

Les projections ne sont pas des prédictions. Elles prolongent les tendances actuelles. Si le déficit migratoire s’accentue ou si la fécondité chute plus vite que prévu, le scénario du million d’habitants s’éloigne.

Urbaniste analysant des données démographiques sur Marseille dans un bureau administratif, cartes et graphiques de population

Disparités entre arrondissements : la démographie que les chiffres globaux masquent

Le nombre d’habitants de Marseille, pris dans sa globalité, cache des réalités très différentes d’un arrondissement à l’autre. Certains secteurs gagnent des résidents, d’autres en perdent. Les arrondissements du sud et de l’est de la ville n’évoluent pas au même rythme que ceux du centre ou du nord.

Le taux de vacance commerciale à Marseille atteint 15 % en 2025. Ce chiffre, supérieur à la moyenne des grandes villes, traduit des déséquilibres locaux. Un quartier qui perd ses commerces finit par perdre ses habitants. La dynamique démographique se joue à l’échelle de la rue, pas à celle de la commune.

Les créations d’entreprises pour 1 000 habitants s’établissent à 22,34 en 2024, contre 27,2 en moyenne dans les grandes métropoles. La part des résidences principales reste élevée (88,9 %), ce qui montre que Marseille n’est pas (encore) gagnée par le phénomène de résidentialisation touristique qui touche d’autres villes du littoral.

Baisse démographique à Marseille : un risque réel mais pas imminent

Parler de baisse du nombre d’habitants à Marseille dans les cinq prochaines années ne correspond pas aux données disponibles. La croissance est là, mesurable, portée par un solde naturel encore solide.

Le risque ne se situe pas dans un effondrement brutal. Il tient dans l’érosion lente de deux indicateurs : la natalité et l’attractivité résidentielle. Si ces deux courbes continuent de fléchir simultanément, la fenêtre de croissance pourrait se refermer avant 2050.

Pour les collectivités territoriales, les conséquences sont concrètes : dimensionnement des équipements publics, recettes fiscales, capacité à financer les projets urbains. La démographie n’est pas un sujet abstrait à Marseille. C’est un paramètre opérationnel qui conditionne les arbitrages budgétaires des prochaines années.

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